Une île
comme un papillon aux ailes asymétriques, une île aux eaux turquoises
et tièdes, une île resplendissante de verdures, d'anses blondes à l'ombre
d'un volcan qui sommeille. La Guadeloupe trône au beau milieu de l'arc
des Petites Antilles. Loin de se réduire au cliché de carte postale,
elle offre aux visiteurs des paysages contrastés, vastes plaines échevelées
et vertes de cannaies, touffeur moite de la forêt tropicale, plages
alanguies, falaises vertigineuses plongeant dans l'abîme atlantique.
La vie est aussi exubérante. Dès les petites heures du matin,
après le chant du coq et les aboiements intempestifs des chiens, des
joggers s'entraînent sur les bas-côtés. Les bus pleins à craquer sillonnent
à tue-tête les routes du département, transportant ménagères, ouvriers
et écoliers.
A Pointe-à-Pitre, capitale économique, l'ambiance est celle d'une
ruche bruissante. Les trottoirs sont envahis par les marchands de rue
et le va et vient incessant des Pontois. Les navettes vers les îles
avoisinantes sont prises d'assaut par les foules de touristes, tandis
que les voitures klaxonnent pour se frayer un passage. Au marché, les
étals multicolores et odorants forment au loin une palette impressionniste.
Dans les villages, chacun s'affaire. Les grands-mères veillent
sur les plus petits, les hommes partent à la pêche ou aux champs, les
femmes font la queue au lolo, épicerie locale, bric-à-brac où l'on trouve
de tout et de rien. Ainsi passent les journées guadeloupéennes jusqu'au
dimanche, jour du Seigneur et des baignades en famille. Alors les bords
de mer accueillent ces foules riantes et détendues, venues avec chaises
et tables pliantes pique-niquer à l'ombre des palmiers.
Aucune image, aussi forte soit elle, n'est capable de résumer
la Guadeloupe, l'archipel est trop complexe et se visite par chemins
détournés tout d'abord, Pointe-à-Pitre. Une ville sans queue ni tête
tant les cyclones et incendies ont détruit son urbanisme, tant la poussée
démographique a débordé ses frontières. Une ville pourtant au charme
indéniable. Des rues tirées au cordeau, ses vieilles maisons coloniales,
sa place de la Victoire ombragée par de somptueux flamboyants.... L'atmosphère
de la ville est inimitable. Elle tient du bazar oriental avec son marché
et ses vendeurs des rues, du port breton avec ses pêcheurs débarquant
directement leurs prises dans le bassin de la darse, du petit village
du midi avec ses joueurs de pétanque, d'une quelconque préfecture avec
ses bâtiments administratifs, d'une banlieue parisienne avec ses tours
en béton.
Après l'agitation urbaine, la tranquilité balnéaire de la côte
Sud de la Grande-Terre. De Gosier à Saint-François, les plages de sable
clair sont plus avenantes les unes que les autres. Au loin, le bal des
véliplanchistes avertis fait des volutes fluorescentes à l'horizon.
Au delà de Saint-François, une étroite bande de terre bordée de plages
mène à la Pointe des Châteaux. Paysage de falaises ravinées par la mer.
L'océan se défoule en contrebas. Une immense croix se dresse vers le
ciel. Sur la façade atlantique, l'ambiance est beaucoup plus violente.
A l'extrémité Nord de la Grande-Terre, la Pointe de la Grande
Vigie offre un panorama d'une incomparable beauté. Les tombants des
rochers s'abîment dans la mer. Un tapis vert semble se déployer à l'infini
vers la terre, impression d'espace et de liberté, d'odeurs d'iode et
de vent.
Sur le littoral, de tranquilles villages de pêcheurs se succèdent.
A l'intérieur des terres, les cannaies frissonnent à perte de vue. Des
chariots traînés par des boeufs tractent des montagnes de roseaux coupés.
Flash-back vers un autre temps. En se rapprochant de Pointe-à-Pitre,
le relief joue à saute-mouton. Ce ne sont que bosses et replis. La région
s'apelle les Grands-Fonds et donne le tournis au voyageur tant les chemins
sont tortueux? Les prés ont la verdeur des pâturages alpins et les vaches
paissent tranquillement. Une quiétude champêtre règne dans ces mornes.
De l'autre côté du pont de La Gabarre, la Basse-Terre, toute
en altitude, est une énorme masse sortie des eaux. Les sommets dépassent
facilement les 1 000 mètres. Des nuages les encapuchonnent souvent avant
de se déverser en pluies fertiles. La végétation en profite grassement.
Dans la forêt tropicale, châtaigniers de montagne, palmistes, fougères
arborescentes, lianes et fleurs tissent une auréole verte. La route
de la traversée qui se glisse entre les deux mamelles grimpe en lacets.
Sur l'autre versant, elle est bordée de flamboyants aux ramures sanguines.
La côte caraïbe se dévoile par petits bouts, à chaque virage, au sommet
de la moindre colline. La grève est souvent noire, marquée à jamais
par la lave des temps passés. A Deshaies, la plage de la Grande-Anse
légèrement courbée est une des plus belles du département, et beaucoup
moins fréquentée que ses consoeurs de Grande-Terre. Les fonds sont ici
si riches que le Commandant Cousteau y a établi une réserve l'îlet Pigeon.
La côte au vent de Petit-Bourg à Vieux-Fort est paisible entre bananiers
et sorties en mer. L'allée Dumanoir encadrée de ses hautes colonnes
chapeautées que sont les palmiers royaux est un vestige des fastes des
années coloniales. Dans le secret de la montagne, les Chutes du Carbet
se fracassent en gerbes éblouissantes.
La Soufrière, pudique, s'emmitoufle dans son écharpe nuageuse.
La belle ne se laisse voir nue qu'exceptionnellement dans le soleil
d'un petit matin radieux. A ses pieds Basse-Terre, la préfecture languit
au rythme des fonctionnaires et du petit commerce.
A quelques kilomètres, les trois îles de la Guadeloupe ; La Désirade,
plateau surélevé, désole et inoubliable, Marie-Galante et ses soixante-treize
moulins et enfin les Saintes, archipel miniature, limpide et pimpant,
ancien refuge de corsaires, champ d'une bataille navale héroïque (1782)
aujourd'hui devenu rendez-vous touristique incontournable.
Il faut aussi évoquer Saint-Barthélémy, mi-suédoise, mi-caribéenne,
aux charmes internationaux. Et enfin Saint-Martin, à moitié hollandaise,
ces ports francs ou vivent une communauté blanche descendant des premiers
colons sont de véritables petits coins de paradis .... fiscaux et naturels.